2022

L’université d’Evry publie aujourd’hui son baromètre 2022.

Général

Quels sont les types de publication les plus ouverts ?

Les publications scientifiques prennent des formes variées : les articles sont les plus courants, mais il existe également des ouvrages (monographies rédigées par un seul auteur ou ouvrages collectifs rassemblant diverses contributions), des actes de conférence, des prépublications, c’est-à-dire des articles proposés à la discussion avant soumission à une revue scientifique, etc. Les types de publication privilégiés varient en fonction des disciplines et des communautés disciplinaires. Chaque type de publication a sa propre logique de diffusion, ce qui explique que les taux d’accès ouvert varient de l’un à l’autre.

Quelles sont les langues de publication ?

Le baromètre permet à la fois de mesurer la domination de l’anglais comme langue scientifique et le maintien significatif d’une production en français, qui participe au multilinguisme de la communication savante. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour interpréter le différentiel du taux d’accès ouvert en fonction des langues de publication des chercheurs français : les normes internationales en matière d’accès ouvert, la sensibilité propre des disciplines qui publient majoritairement en français ou en anglais, le développement des capacités d’édition en accès ouvert dans les différentes aires linguistiques.

Les disciplines

Quelle est la dynamique d’ouverture en fonction de ses disciplines ?

Le niveau d’ouverture des publications varie de manière significative d’une discipline à l’autre, en fonction de la sensibilité des communautés scientifiques et de la diversité de leurs pratiques. Ces variations s’observent également dans la trajectoire d’évolution du niveau d’ouverture dans le temps. Certaines disciplines comme l’astronomie et les mathématiques ont une ancienne tradition d’ouverture des publications, d’autres connaissent des processus d’accélération plus récents (chimie, biologie fondamentale). Toutes, cependant, sont inscrites dans une dynamique d’ouverture. Il peut exister des artefacts liés aux sources de données (en SHS et en informatique, une partie des publications n’est pas identifiable par notre méthodologie).

Quelles sont les voies d’ouverture choisies en fonction des disciplines ?

Toutes les disciplines n’adoptent pas les mêmes vecteurs pour publier en accès ouvert. Pour certaines, la pratique du dépôt en archive ouverte est historiquement ancrée et légitime. Mathématiciens, physiciens et informaticiens ont depuis longtemps pratiqué les archives ouvertes en amont de la soumission aux revues. Les sciences humaines confient plus volontiers leur ouverture aux éditeurs. Entre les deux existent de nombreuses situations, propres à l’organisation et à l’histoire des disciplines. Le fait le plus marquant dans le domaine de la biologie-santé est l’existence d’une politique internationale, d’abord à l’initiative des organisations finançant des projets de recherche, qui conduisent à un dépôt systématique, avec ou sans embargo, dans PubMed Central (PMC) aux États-Unis, ou Europe PMC en Europe, ce qui fait que ces disciplines s’ouvrent à la fois sur les plateformes des éditeurs mais aussi dans une archive ouverte mondialement utilisée. Du point du vue du Plan national pour la science ouverte, la cohabitation des deux modèles (ouverture via les éditeurs et via les archives ouvertes) ne présente ni contradiction ni inconvénient. En revanche, elle permet une bonne résilience du système.

Les éditeurs

Quelle est la dynamique d’ouverture des publications par les éditeurs ?

Le paysage éditorial mondial est extrêmement diversifié. On dénombre environ 12 000 éditeurs scientifiques sur la planète, qui ont une histoire différente. Il peut s’agir d’entreprises commerciales ou de structures à but non lucratif, d’entreprises d’édition nationales ou multinationales, de sociétés savantes, de presses universitaires au statut public, etc. Certains acteurs sont nés pour publier en accès ouvert, tandis que d’autres ont engagé plus ou moins fortement et récemment un transition vers l’accès ouvert, avec des modèles variés. On constate une tendance partagée à publier de plus en plus en accès ouvert.
On ne mesure pas ici le taux d’accès ouvert des éditeurs français, mais des éditeurs dans lesquels les chercheurs français publient. On ne mesure pas non plus la réduction progressive des durées de barrières mobiles.

Quels sont les modèles économiques des revues où sont publiés les articles en accès ouvert ?

La diffusion d’articles en accès ouvert par les éditeurs de revues scientifiques s’appuie sur des modèles économiques variés. Certains éditeurs ont remplacé les revenus traditionnellement issus des abonnements par le paiement de frais de publications (APC) facturés à l’article, à la charge des chercheurs, de leurs institutions ou de leurs financeurs. Ce changement de modèle s’opère généralement à l’échelle d’une revue entière (modèle tout APC), mais il arrive que, pour certains titres, les éditeurs maintiennent l’abonnement tout en proposant aux auteurs d’ouvrir leur article moyennant le paiement de frais de publication (modèle dit hybride), en instaurant ainsi un double paiement particulièrement peu lisible. Certains éditeurs ne facturent pas de frais de publication mais mobilisent, dans le cadre d’une activité non commerciale, des financements issus d’États, d’acteurs publics, d’universités ou d’autres organisations à but non lucratif, afin de financer en amont l’activité éditoriale et de publication : c’est ce qu’on appelle la voie diamant. Enfin, d’autres modèles existent, comme celui consistant pour l’éditeur à percevoir des abonnements pour les publications les plus récentes tout en les diffusant en accès ouvert au terme d’un délai fixé (barrière mobile).

Quelles sont les politiques d’ouverture des éditeurs ?

En 2016, la loi pour une République numérique a rendu possible, pour les chercheurs qui ont publié un article scientifique chez un éditeur, d’en déposer la version acceptée pour publication dans une archive ouverte, moyennant un délai (embargo) qui peut être fixé par l’éditeur mais ne peut excéder 6 mois pour les sciences, techniques et médecine et 12 mois pour les sciences humaines et sociales. Le dépôt en archive ouverte constitue donc le moyen de contrebalancer la politique restrictive de certains éditeurs en matière d’accès ouvert et joue dans ce cas un rôle décisif dans l’accès de tous aux résultats de la recherche française. À l’inverse, lorsque l’éditeur publie nativement en accès ouvert, le dépôt en archive ouverte peut apparaître moins nécessaire aux auteurs. Il reste cependant utile et souhaitable. Un dépôt sur l’archive ouverte nationale HAL permet ainsi de garantir la conservation pérenne des contenus et la maîtrise des résultats de la recherche scientifique française, quels que soient les aléas qui touchent les éditeurs ou leurs plateformes de diffusion.

Quel est le poids des revues présentes dans la liste de Beall dans le total de la production française ?

Les revues prédatrices sont caractérisées par une absence de réelles pratiques d’évaluation par les pairs. Elles ont en général une approche marketing agressive à destination des auteurs, publient en un temps record, sans évaluation, sont peu attentives à la diffusion de leur production et font payer des frais de publication pour un service qui n’apporte pas les qualités attendues pour un éditeur scientifique. Il est délicat d’estimer l’attractivité de ces revues chez les chercheurs français, l’établissement d’une liste d’éditeurs et de revues prédatrices étant très difficile, pour de nombreuses raisons. En nous appuyant sur la dernière version connue de la liste dite « de Beall », liste très controversée, nous estimons que 3 % au maximum des publications françaises publiées en 2020 relèveraient de revues dites prédatrices, soit environ 4 900 articles. Nous ne diffusons cependant pas de graphique et de jeu de données, car nous ne disposons pas d’une méthodologie et de données sources faisant assez consensus. Nous continuons à explorer ce sujet pour trouver une méthode qui serait plus robuste.

Quelles licences sont utilisées pour l’ouverture des publications françaises ?

L’accès ouvert aux publications scientifiques suppose non seulement la possibilité de les lire sans avoir à surmonter de barrière tarifaire ou technique, mais encore la possibilité de les réutiliser en citant leur(s) auteur(es). Les conditions précises de réutilisation sont définies au moyen de licences libres, en particulier les licences Creative Commons qui sont les plus couramment utilisées. Ainsi les éditeurs qui mettent en œuvre une politique de science ouverte devraient non seulement diffuser les publications en accès ouvert, mais y apposer une licence libre sécurisant la réutilisation des contenus par les lecteurs, qu’il s’agisse de chercheurs, d’enseignants, de professionnels ou d’autres acteurs sociaux. L’utilisation des licences facilite ainsi la diffusion des connaissances scientifiques dans la société.

Quel est l’impact financier des frais de publication ?

L’un des modèles de financement de la publication scientifique en accès ouvert repose sur le paiement de frais de publications (APC) que les éditeurs facturent à l’article et qui sont pris en charge par les chercheurs, leurs institutions ou leurs financeurs. Ce modèle est le fait d’éditeurs commerciaux, à qui il permet en particulier d’aménager une transition vers l’abandon des abonnements tout en maintenant leur marge bénéficiaire. Il se révèle très onéreux et incertain pour les institutions de recherche publiques, d’autant plus qu’il s’accompagne d’une inflation du nombre d’articles publiés. Il devrait être mis en balance avec d’autres modèles économiques vertueux – en particulier le modèle « diamant » – qui permettent une plus grande maîtrise des coûts et une plus grande équité dans l’accès à la publication pour les chercheurs.

Les archives ouvertes

Quelle est la dynamique d’ouverture des publications sur les archives ouvertes ?

Les archives ouvertes sont des plateformes en accès ouvert sur lesquelles sont déposées des publications scientifiques, qui peuvent être consultées par tous. Elles sont alimentées le plus souvent par un dépôt effectué par les auteurs, mais peuvent l’être dans certains cas par les éditeurs de revues eux-mêmes. Les archives ouvertes assument différentes fonctions : elles rendent disponibles en accès ouvert des articles qui paraissent dans des revues sous abonnement, elles assurent la conservation pérenne de la littérature scientifique et facilitent l’identification de la production d’un laboratoire ou d’un établissement. Plusieurs leviers incitatifs ont conduit à une augmentation des dépôts de publications scientifiques françaises dans une archive ouverte. C’est une obligation pour les publications issues de projets financés par l’ ANR depuis 2019. Le baromètre comptabilise également parmi les archives ouvertes les serveurs de prépublications, sur lesquels les chercheurs déposent des versions initiales de leurs manuscrits pour les proposer à la relecture de leurs pairs, avant la soumission formelle à une revue.

Quelles sont les archives ouvertes les plus utilisées pour les publications françaises ?

HAL, Pubmed Central, ArXiv et BioRxiv sont les archives qui ont accueilli le plus de publications françaises de 2020. Plusieurs facteurs conditionnent le choix par les chercheurs d’une archive ouverte pour déposer leur publication. Certaines archives font référence dans une discipline (PubMed Central (PMC) pour la recherche médicale), d’autres sont centrées sur la production scientifique d’un pays (HAL pour la France). Une même publication peut être déposée simultanément dans plusieurs archives ouvertes. Le dépôt dans des archives ouvertes d’institutions de recherche étrangères tient à la présence de co-auteurs qui y sont affiliés.

Quelle place occupe HAL dans la dynamique des archives ouvertes ?

HAL est une archive ouverte pluridisciplinaire qui héberge en majorité des publications scientifiques françaises – même si son périmètre ne s’y limite pas. Elle a vocation à jouer le rôle d’archive nationale de la recherche française, garantissant à la fois le libre accès aux publications scientifiques et leur conservation. Pour autant, HAL n’est pas la seule archive ouverte utilisée par les chercheurs français : en fonction de leur contexte institutionnel ou de leurs pratiques disciplinaires, ceux-ci peuvent privilégier des dépôts sur d’autres plateformes, en particulier lorsqu’elles ont une vocation internationale. Dès lors, la mise en place de processus permettant de référencer et d’intégrer dans HAL des publications scientifiques françaises déposées sur d’autres archives ouvertes est un axe de développement important.